LOTERÍA CANERA

La gravure, un pas vers la liberté

Avril 2021

 

 

L’atelier de gravure “Gráfica Siqueiros” est né en 2017, au sein de la prison Santa María de Ixcotel à Oaxaca de Juarez. Ce projet initié au Mexique a traversé les frontières et se poursuit aujourd’hui dans les prisons françaises en collaboration avec l’association La Rutile.

 

Créé à l’initiative de César Chávez et Jason Pfolhl, l’atelier doit son nom au célèbre artiste mexicain David Alfaro Siqueiros, activiste politique communiste incarcéré en 1962 pour purger une peine d’emprisonnement d’une durée de huit ans. On l’accusait d’avoir organisé des manifestations étudiantes qui ont dégénéré en émeutes, semant un chaos dans la capitale pendant plusieurs jours.

 

Entièrement gravé par des personnes privées de liberté du centre pénitentiaire d’Oaxaca, le jeu de loterie LOTERÍA CANERA est le premier projet porté par l’atelier Gráfica Siqueiros. Il se compose de quarante-quatre images relatant des moments du quotidien en milieu carcéral. A l’instar du Dr Lakra, star mexicaine du tatouage, fils et digne héritier de Francisco Toledo, de nombreux artistes se sont investis dans l’animation de ces ateliers artistiques participatifs au sein de centres de détention, au Mexique et en France.

 

Dès le début du mois d’avril, vous pourrez découvrir une sélection de planches originales dans les vitrines de l’Institut culturel du Mexique donnant sur la rue Vieille du Temple.

Si vous souhaitez soutenir les projets de Gráfica Siqueiros, il est possible d’acquérir des gravures originales auprès de Geoffroy Plantier, Président de La Rutile, courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

 

Lotería Canera et l'Atelier Gráfica Siqueiros a Oaxaca 

 

Conversation avec César Chávez, cofoundateur de l'Atelier Gráfica Siqueiros et  

Geoffroy Plantier, promoteur culturel et directeur de l'association française La Rutile (en espagnol)

 

Dans le cadre de l'exposition: 

LOTERIA CANERA. La gravure, un pas vers la liberté. 

Institut culturel du Mexique en France – Paris, Avril 2021. 

L'atelier de gravure Gráfica Siqueiros est né en 2017, dans la prison Santa María de Ixcotel au Oaxaca de Juárez. 

 

LA LOTERIE MEXICAINE

 

La loterie est un jeu collectif de hasard incontournable des foires et marchés au Mexique. Associée aux festivités religieuses, carnavals et fêtes de quartier, la loterie permet de réunir petits et grands autour de cartons illustrés d’images représentant des personnages emblématiques de la culture et de l’histoire du pays. Son caractère populaire et facile à jouer invite tout curieux à y participer, peu importe son origine ou statut social.

Sur les cartes on retrouve notamment “Le Drapeau”, “Le Chapeau”, “Le Nopal”, “La Couronne”, “Le Soleil”, “La Mort”, “L’Indien”, “La Dame” et “Le Diablotin”. Les différentes figures esquissées semblent rendre compte de la cohabitation des divers patrimoines culturels du territoire mexicain. Les personnages représentés témoignent des groupes sociaux et ethniques qui existaient à l’époque coloniale, mais aussi de l’histoire postrévolutionnaire, d’un paysage national, incluant même des symboles de l’imaginaire médiéval européen et autochtone.

La loterie mexicaine est un important condensé de la construction identitaire du pays, preuve en est sa grande vitalité et la réappropriation dont elle fait l’objet sur l’ensemble du territoire. Sa popularité lui a même fait traverser les frontières puisque le jeu a été adopté par la communauté chicana aux Etats-Unis. Son iconographie a inspiré des créateurs contemporains ainsi que des activistes politiques. Pour en citer quelques-uns, Félix Frédéric d'Eon a transposé les codes esthétiques de la loterie dans une perspective queer, Patricia Espinosa fait référence à la violence dans son œuvre en reprenant des figures telles que “Le Narco” ou “Le Séquestré” et les poètes Elisa Ramírez et Miguel Zacarias y Bustos ont composé des vers inspirés des chants des gritones (crieurs).

 

Comment y joue-t-on?

 

Chaque joueur dispose d’une planche de 16 ou 9 images, selon le format du jeu. Un gritón mélange un jeu imagé composé de 54 cartes, et les nomme en les dévoilant au hasard. L’éloquence et la créativité du gritón sont fondamentales dans le succès du jeu. Les plus habiles usent de rimes et d’énigmes. Dans certains cas, leurs chants sont empreints de blagues et de critiques sociales ou politiques.

Les joueurs, attentifs au chant du gritón marquent sur leurs cartons les images chantées. Il est fréquent que l’on utilise des haricots, des pois-chiches, ou des boulettes en papier journal pour marquer les images sur les cartons, selon les moyens que l’on a à disposition.

Le gagnant est celui qui arrive à marquer la totalité des images sur son carton. Parfois, il est possible de gagner en remplissant une ligne droite ou en diagonale. Cela dépend des règles qu’établit le gritón au début du jeu. Le gagnant doit crier « Lotería ! »  pour avertir qu’il a rempli son carton. S’il oublie de le faire il perd son prix. Le prix correspond souvent à la totalité d’un montant d’argent misé par les participants en début de jeu, ou bien à un lot établi par le gritón.

Il est également possible de jouer chez soi, en effet, on peut acheter le jeu au marché ou dans une papeterie pour se divertir en famille.

 

Un peu d’Histoire

 

Le jeu de loterie est originaire d’Italie. Après sa diffusion en Espagne au XVème siècle, il est arrivé au Mexique à l’époque coloniale. Les premières loteries mexicaines connues remontent au XVIIIème siècle. Etant tout d’abord le jeu des élites créoles, il s’est peu à peu diffusé dans des espaces plus populaires grâce aux gritones ou “polaqueros” qui voyageaient avec leurs cartons peints pour les louer.

Les cartons, également connus sous le nom de “polacas” étaient initialement en bois ou en métal, et étaient faits à la main, de manière artisanale. Chaque polaquero transportait un jeu de loterie avec un style qui lui était propre. A la fin du XIXème siècle, la production industrielle a remplacé les jeux artisanaux et deux types de loteries se sont imposés dans le pays : le jeu de loterie campechana (du Campeche, composé de 80 cartes) et le jeu de loterie mexicain (composé de 54 cartes).

La première version imprimée connue est le jeu de loterie mexicain de “Don Clemente Gallo”. Il fut produit par l’entreprise Pasa Tiempos Gallo et conçu en 1887 par le commerçant français Jacques Clemente, qui s’est inspiré de précédentes versions du jeu. Aujourd’hui, cela reste la version la plus populaire et l’usine de Jacques Clemente continue à produire ce même jeu dont l’apparence n’a presque pas évolué depuis sa création. Le jeu de carte héraldique de cette version est “El Gallo” (Le Coq) ; un clin d’œil symbolique à l’origine et à l’identité françaises de Jacques Clemente. Qui eût cru que le jeu de loterie mexicain serait un élément culturel de plus qui parlerait des destins croisés du Mexique et de la France !

 

 

Pour aller plus loin…

 

LOTERIE  CHERANI

Hasard et bringue contemporaine Purépecha

 

Photographies du collectif Ritual Inhabitual

En collaboration avec la communauté Purepécha de Cherán, Mexique

 

En toute irrévérence et en écho à l'idiosyncrasie fêtarde des Mexicains, le collectif Ritual Inhabitual a photographié en novembre 2020, à la veille du Jour des Morts, des membres de la communauté autochtone Purepecha de Cherán, déguisés en cartes de loterie mexicaines.

La proposition est née spontanément lors d’une visite des artistes chiliens Florencia Grisanti et Tito Gonzalez au sein de la communauté pour travailler sur un autre de leurs projets communs. La distribution des cartes était aléatoire et la manière de résoudre la représentation assignée était totalement libre.

La caméra a immortalisé un acte de travestissement utilisé comme ticket d’entrée à une fête improvisée. Heureusement, l'éphémère s’inscrit dans les mémoires et l'art en est le fidèle complice. Portrait, personnage, figure, icône, autant de notions servant à illustrer une identité ou une personnalité. Ici, dans la loterie Cheraní, les cartes à jouer révèlent le jeu, l'humour grinçant et la beauté, mais aussi la rébellion, la résistance, la volonté et la solidarité. Une fois de plus, le peuple cheraní démontre son grand amour de la vie et sa capacité à endosser le costume d’un autre tout en laissant son empreinte sur le territoire qu'il occupe.

San Francisco Cherán est une communauté autochtone du peuple Purépecha située dans l'Etat de Michoacán au Mexique. Au cœur du plateau de Purépecha, la forêt est l'élément central de l'imaginaire de cette communauté, internationalement connue depuis 2011 pour sa résistance culturelle et sa lutte en faveur de ses droits territoriaux.

Nous vous présentons ici une sélection de deux jeux de 18 cartes de la Lotería Cherani.

             

 

Sur le collectif: http://www.ritualinhabitual.com

 

 

 

Conception : La Rutile et l'Institut Culturel du Mexique 

Montage : Ingrid Arriaga, Marion Dellys, Fredy López, Romaissae Guazzaoui, Clémence Meinier

Documentation : Clara Friedlander et Ingrid Arriaga

Remerciements spéciaux : Taller Gráfica Siqueiros y colectivo Ritual Inhabitual

 

Paris, 2021